[ Accueil ] [ Infos ] [ Contacts ]
 

LE LUPUS

C’est une maladie du système immunitaire réalisant un syndrome clinique caractérisée par une atteinte systémique. Elle évolue par poussée atteignant un ou plusieurs organes à des degrés de gravités divers et parfois grave, entrecoupés de rémissions multiples. Le diagnostic est difficile à cause du polymorphisme (plusieurs formes) de la maladie. Elle est non contagieuse, mais imprévisible et capricieuse. Maladie rare ces dernières années, elle est depuis peu une maladie dite « fréquente », mais l’étiopathogénie demeure encore inconnue.

 IL EXISTE PLUSIEURS CATEGORIES DE LUPUS

A) LE LUPUS CUTANES :

Le lupus discoïde :

Le lupus discoïde est une maladie de peau chronique. L’éruption siège surtout sur le visage autour du nez et sur les pommettes (en ailes de papillons) avec des lésions qui forment des croûtes et laissent souvent des cicatrices. Lorsqu’elles touchent le cuir chevelu, les cheveux tombent à l’endroit des lésions.

En général le lupus discoïde n’évolue pas vers un lupus qui touche les organes.

Autres signes cutanés:

Le lupus cutané subaigu

Le lupus exanthématique

Autres manifestations cutanées

Ulcères de jambe

Lupus bulleux

Les troubles de phanères...

Il faut souligner :

La photosensibilité : les signes cutanés siège souvent en zone découverte

L’exposition solaire, outre les signes cutanés peut entraîner une poussée évolutive viscérale

Les lésions muqueuses à type d’ulcérations sont un signe d’activité de la maladie

B) LE LUPUS INDUIT :

Parfois le lupus est déclenché par la prise de médicaments. Il disparaît à l’arrêt du médicament. S’il persiste, c’est qu’il s’agit d’un vrai Lupus Érythémateux Disséminé révélé par un médicament.

C) LE LUPUS ERYTHEMATEUX DISSEMINE :

Sa particularité est de se manifester sous différentes formes selon les personnes. Parmi les plus fréquentes on trouve : les atteintes articulaires ou musculaires, les érythèmes, les atteintes des reins. Souvent des problèmes sanguins, des inflammations au niveau des poumons ou du cœur. Plus rarement des atteintes neurologiques ou de la fièvre. Ces atteintes sont souvent accompagnées d’une fatigue latente ou passagère.

Quelques affections cousines sont parfois associées au lupus, tels que le syndrome de Raynaud ou la maladie de Gougerot-Soljgren.

 



LES MANIFESTATIONS DU LUPUS ERYTHEMATEUX DISSEMINE

Les premières manifestations

La première poussée apparaît souvent après un événement particulier : un stress, une grossesse, prise de médicament, exposition au soleil, qui amène généralement la personne à faire une relation de cause à effet. En fait ces événements servent de révélateur à une maladie qui existait déjà.

Les symptômes ne sont pas spécifiques du lupus, ils peuvent faire penser à d’autres maladies. Etant donné l’extrême polymorphisme, le diagnostic est souvent difficile. Il ne sera fait qu’après un interrogatoire minutieux et des examens de sang. On utilise les critères de l’Association des Rhumatologues Américains (ARA)

 

Quatre de ces critères doivent être présents pour affirmer un diagnostic de lupus. Ils sont présents dans 96% des LED :

 01.Eruption sur le visage en aile de papillon

 02.Eruption du lupus discoïde

 03.Photosensibilité

 04.Ulcérations buccales ou nasopharyngées

 05.Polyarthrite non érosive

 06.Pleurésie ou péricardite

 07.Néphropathie : protéinurie > 0,5 g /24 h ou cylindres urinaires

 08.Crises comitiales ou psychose

 09.Atteintes hématologiques :

     anémie hémolytique

     ou leucopénie < 4000 / mm3

     ou lymphopénie < 1500 / mm3

     ou thrombopénie < 100 000 / mm3 

 10.Anomalie immunologique :

     présence de cellules LE

     ou anticorps anti-DNA natifs

     ou anticorps anti-sm

     ou fausse sérologie syphilitique positive

11. Présence d’un taux élevé anticorps antinucléaires.



Manifestations rhumatologiques

révèlent la maladie une fois sur deux

presque constantes au cours de l’évolution (90 % des cas).

-simples arthralgies (25 % des cas),

d’horaire inflammatoire, avec un caractère migrateur et transitoire.

-arthrites vraies (75 %) d'évolution variable:

oligo- ou polyarthrite aiguë fébrile, parfois bilatérale et symétrique, mais le plus souvent asymétrique, contemporaine ou non d’une poussée viscérale;

arthrite subaiguë ou chronique

se distingue de la polyarthrite rhumatoïde par son caractère peu ou pas destructeur, déformations articulaires secondaires aux lésions capsulo-ligamentaires du rhumatisme de Jaccoud avec déformations des mains réductibles, sans destruction articulaire

si monoarthrite destructrice, toujours évoquer une infection

touche surtout métacarpo-phalangiennes, interphalangiennes proximales, carpe, coudes, genoux et chevilles.

-manifestations plus rares:

·ténosynovites des fléchisseurs, avec compression du nerf médian dans le canal carpien;

·ostéonécroses aseptiques par atteinte vasculaire spécifique et favorisées par la corticothérapie;

·manifestations musculaires (myalgies, réelle myosite) où il convient de faire la part entre la maladie lupique, l’atrophie liée à l’impotence et les conséquences de la corticothérapie (enzymes, EMG, biopsie).

Manifestations dermatologiques

Elles sont fréquentes dans (80 %) des cas et révélatrices dans 25 %, elles peuvent précéder les autres manifestations systémiques de plusieurs années.

caractères histologiques évocateurs ou non de lupus.

caractérisées par leur photosensibilité, préférentiellement sur les zones exposées.

ulcérations des muqueuses buccale et nasale.

Manifestations neurologiques

relativement fréquentes (30 à 60 %), parfois révélatrices. fréquence des lésions asymptomatiques à l'IRM.

surtout atteinte du système nerveux central, souvent simples céphalées à ne pas négliger; la plus souvent lésions de vascularite et thrombotiques ; impose la recherche d’un syndrome des anti-phospholipides devant toute manifestation neurologique centrale. Crises comitiales, généralisées (le plus souvent) ou focalisées, pouvant révéler la maladie, apparaissant plusieurs années avant toute autre manifestation

Manifestations déficitaires centrales: hémiplégie, monoplégie, paraplégie.

Syndromes méningés: le plus souvent méningite lymphocytaire aseptique

toujours rechercher complication infectieuse (tuberculose, mycose, ...)

Rarement: mouvement anormaux (chorée), troubles de la conscience, aphasie,

syndromes encéphalitiques,

paralysie des nerfs crâniens (faciale, oculomotrice),

neuropathies périphériques (EMG).

Manifestations psychiatriques :

fréquentes; troubles dysthymiques, syndrome confusionnel, bouffée délirante aiguë, manifestations psychotiques.

Difficulté diagnostique entre: neuro-lupus, état réactionnel, complication du traitement, infection (IRM).

Manifestations respiratoires

pleurésies

fréquentes (30 à 40 %) parfois révélatrices;

épanchement uni ou bilatéral, exsudatif, lymphocytaire,

évocateur si associé à une péricardite

grande corticosensibilité.

atteintes pulmonaires

asymptomatiques (R.P., scanner en coupes fines)

signes cliniques: toux, dyspnée, parfois simples anomalies auscultatoires, hémoptysies par hémorragies intra-pulmonaires parfois gravissimes,

Radio et surtout scanner en coupes fines: infiltrats bilatéraux non systématisés, atélectasies en bandes, épanchement

explorations fonctionnelles respiratoires: diminution de la capacité de diffusion du CO dans le cadre d'un syndrome interstitiel surtout si association à syndrome de Gougerot-Sjögren.

Toujours évoquer une pneumopathie infectieuse (germes opportunistes) et une embolie pulmonaire (fréquence des thromboses veineuses).

hypertension artérielle pulmonaire soit primitive, soit secondaire à des migrations emboliques répétées.

Manifestations digestives

signes gastro-intestinaux

fréquents: anorexie, nausées, vomissements, douleurs abdominales, ascite

mécanismes variés

toxicité gastro-duodénale des anti-inflammatoires souvent en cause.

pronostic très sévère des complications liées à une vascularite mésentérique car diagnostic difficile et tardif.

atteintes hépatiques:

hépatomégalie fréquente

hépatite auto-immune possible

 

Manifestations rénales

fréquentes (estimée entre 35 et 55 % sur les paramètres biologiques usuels) - plus élevées si on tient compte des résultats histologiques - intérêt du diagnostique (fonction du type histologique) et surtout du pronostique: localisation cardinale du lupus.

pas de bonne corrélation anatomo-clinique, anomalies révélatrices multiples:

hématurie et/ou leucocyturie avec formation de cylindres

rotéinurie révélant habituellement la néphropathie

syndrome néphrotique, en règle impur

hypertension artérielle

signes biologiques d’insuffisance rénale

ponction-biopsie rénale (PBR) toujours indiquée en cas de manifestations biologiques rénales; à discuter dans tous les cas d’autant plus que le lupus est cliniquement et biologiquement sévère.

Intérêt diagnostique, pronostique et thérapeutique (distinction entre lésions actives, susceptibles de régresser sous traitement et lésions inactives irréversibles, chacune faisant l’objet d’un indice quantitatif).

montre principalement des lésions glomérulaires mais aussi tubulo-interstitielles, plus rarement vasculaires.

La classification de l’OMS reconnaît actuellement six classes:

classe I: Glomérule normal en microscopie optique et immunofluorescence (< 5 %)

Classe II: Glomérulonéphrite mésangiale pure (25 %); dépôts immuns dans le mésangium avec hypercellularité, signes biologiques discrets, bon pronostic.

classe III: Glomérulonéphrite segmentaire et focale (15 %); aux aspects précédents s’ajoutent des lésions nécrotiques et prolifératives d’une partie des capillaires de moins de 50 % des glomérules, dépôts immuns dans les capillaires de nombreux glomérules, clinique limitée souvent à une protéinurie modérée, évolution le plus souvent favorable, mais forme diffuse possible.

classe IV: Glomérulonéphrite proliférative diffuse (15 %); la plus fréquente et la plus grave, lésions identiques aux précédentes mais plus marquées, touchant la majorité des glomérules où sont retrouvés à des degrés divers: nécrose, prolifération de cellules mésangiales et endothéliales, dépôts endo-membraneux responsables du classique aspect en wire-loop des capillaires. En IF, dépôts granuleux diffus d’IgG, IgM, IgA, C1q, C3 et C4. Expression clinique marquée avec protéinurie et souvent syndrome néphrotique impur: hématurie microscopique, HTA et insuffisance rénale. Evolution variable selon l'activité des lésions et la sensibilité au traitement.

classe V: Glomérulonéphrite extra-membraneuse (15 %); paroi des capillaires glomérulaires épaissie de façon diffuse et régulière correspondant aux dépôts immuns. lésions isolées ou associées aux autres atteintes déjà décrites. Sans lésions prolifératives, l’expression sous forme d’un syndrome néphrotique sans HTA ni insuffisance rénale. évolution plutôt favorable, complication particulière: thrombose des veines rénales.

classe VI: Sclérose glomérulaire évoluée (< 5 %); l’apparition d’une insuffisance rénale terminale, le passage en dialyse s’accompagnent souvent d’une moindre évolutivité de la maladie lupique.

Manifestations hématologiques

concernent les trois lignées.

anémie très fréquente;

plusieurs mécanismes:

·inflammatoire le plus souvent

·hémolytique auto-immune à test de Coombs positif de type IgG-complément,

·d’autre origine (insuffisance rénale, érythroblastopénie...)

leucopénie, habituelle,

due à une lymphopénie (lymphocytes T) avec ou sans neutropénie.

thrombopénie,

périphérique par anticorps anti-plaquettaires

par anticorps anti-phospholipides

peut précéder les autres signes de la maladie de plusieurs années.

corticosensibilité variable.

L’association d’une anémie hémolytique auto-immune et d’une thrombopénie réalise le syndrome d’Evans.

Manifestations vasculaires

particulièrement diverses:

Le phénomène de Raynaud, 20 % des malades rarement premier signe (plutôt de sclérodermie)

L’hypertension artérielle (fréquence de 20 à 60 % selon les critères retenus)

surtout si glomérulopathie et corticothérapie.

HTA maligne possible si phénomènes thrombotiques intrarénaux.

lésions de vascularite:

très polymorphes dans leur diffusion,

leurs caractères histologiques

peuvent toucher des vaisseaux de taille très variable

gravité des atteintes viscérales (cérébrales, digestives)

thromboses veineuses ou artérielles et présence d’anticorps anti-phospholipides.

Manifestations cardiaques

peuvent toucher les trois tuniques du cœur:

- péricardite

atteinte cardiaque la plus fréquente

souvent latente (ECG; échographie) parfois révélatrice, peut être associée à une pleurésie.

- myocardite spécifique

souvent asymptomatique (échocardiographie) sinon associe une insuffisance cardiaque congestive et des troubles du rythme ou de la conduction.

facteurs intriqués: inflammation myocardique (rare), HTA et/ ou rétention hydro-sodée.

- endocardite de Libman-Sacks,

grande latence clinique (échographie) souvent associée à la présence d’anticorps anti-phospholipides.

complications: dégradation hémodynamique, greffe oslérienne, thrombose valvulaire source d’embolies

A part le BAV congénital du lupus néonatal

Grossesse

double risque

importance du contexte général en particulier socio-économique pour expliquer certains résultats contradictoires de la littérature.

Risque maternel :

poussée lupique graves si maladie évolutive, néphropathie et/ou HTA, traitement interrompu.

grossesse possible si rémission depuis plus de six mois, avec une fonction rénale normale ou stable.

Importance de la coopération avec gynécologue/obstétricien.

Risque fœtal :

avortements spontanés précoces

prématurité, de souffrance et de mortalité fœtales

lupus néonatal, syndrome caractérisé par la présence d’un lupus cutané transitoire (IgG maternelles) ou d’un bloc auriculo-ventriculaire congénital chez un enfant dont la mère a soit une connectivite clinique, soit des anticorps anti-SSA (anti-Ro) ou anti-SSB (anti-La), soit exceptionnellement des anticorps anti-U1-RNP.

 

 



TRAITEMENT

Objectifs du traitement

préserver les fonctions vitales lors des poussées graves;

limiter l’évolution prévisible des atteintes viscérales (rein, cerveau);

tenter de prévenir les poussées;

prévenir les effets secondaires des traitements.

préserver l’insertion socioprofessionnelle

indiquer la possibilité de rémissions prolongées y compris dans les formes initialement gravissimes

Insister sur l'importance d'une bonne observance, du risque d'arrêt du traitement, du rôle néfaste de l’exposition solaire (écran total à fort pouvoir filtrant)

aborder dés la première consultation les problèmes liés à la grossesse et la contraception

Modalités thérapeutiques

formes mineures avec atteinte cutanée ou articulaire

Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et antimalariques de synthèse.

Antimalariques de synthèse:

- l’hydroxychloroquine (Plaquenil) : efficacité non appréciable avant trois mois ; surveillance ophtalmologique tous les 6 mois (électrorétinogramme, vision des couleurs) risque de rétinite pigmentaire.

Si persistance des symptômes articulaires:

- Corticothérapie à faible dose ou infiltration. Modeste efficacité de la corticothérapie sur les signes articulaires, préférer les AINS à l'augmentation de la corticothérapie

formes graves (atteinte viscérale)

Corticothérapie:

La Prednisone (Cortancyl) reste le corticoïde de référence.

Posologies employées initialement fonction de la gravité de l’atteinte:

- dans les formes graves (atteintes rénales, neurologiques, hématologiques): 1 à 1,5 mg/kg/j

- dans les épanchements des séreuses: 0,5 mg/kg/j

- dans les poussées graves avec atteinte viscérale rapidement évolutive: administration pendant trois jours consécutifs de fortes doses de corticoïdes par voie intraveineuse soit bolus de 1 g de méthylprednisolone (Solumedrol), relayée par une corticothérapie orale, diminution progressive des doses selon l’évolution.

Prévention des effets secondaires

Osseux: vitamine D et calcium; intérêt des biphosphonates selon la dose de corticoïdes

Digestifs: traitement préventif et curatif des risques hémorragiques et perforatifs, surtout si association aux AINS. Infectieux, majorés par la corticothérapie, impose le dépistage des foyers infectieux latents et la pratique d’un bilan complet devant toute fièvre non clairement liée à une poussée lupique.

Traitements immunosuppresseurs

Association à la corticothérapie car effet retardé, importance d'un traitement précoce

Indication: formes viscérales graves, corticodépendantes ou corticorésistantes car risques associés (infectieux, stérilité, oncogénèse).

Différentes possibilités:

Cyclophosphamide (Endoxan) le plus employé actuellement, dose: 2 à 3 mg/kg/j

- administration intraveineuse discontinue (0,5 à 1 g/m2 chaque mois pendant 6 mois puis tous les trimestres pendant 2 ans) plutôt que voie orale continue. Importance de la préparation pour réduire les hématuries par toxicité vésicale (hydratation, uromitexan, Mesna)

Azathioprine (Imurel) 2 à 4 mg/kg/j utilisation plus simple

Place à définir pour ciclosporine, méthotrexate, cellcept, échanges plasmatiques

 

 
  [ Infos ]
Copyright © Laurieflamme et AREML RL